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23 avr. 2022

INTERVIEW D'ALEXANDRE POLIZZI - PREPARATEUR PHYSIQUE à l'académie du Servette FC

Dans mon parcours de formateur j'ai eu le plaisir de rencontrer Alexandre POLIZZI lors de son BEF, dont je vous propose une interview, actuellement préparateur physique au sein de l'académie au Servette FC et également en charge de la préparation athlétique de l'équipe nationale U17 Suisse. Un parcours inspirant d'un passionné et travailleur.

1) Peux-tu te présenter et décrire ton parcours jusque-là ?

Je m’appelle Alexandre Polizzi, j’ai 28 ans. Je suis actuellement préparateur physique à l’académie du Servette FC (Suisse) où j’occupe le poste de responsable de la préparation athlétique avec à ma charge l’équipe M21 (réserve pros). En parallèle, j’occupe le poste de préparateur physique de l’Equipe Suisse M17 masculin.

 

Après un bac Scientifique, je me suis orienté vers la faculté des sports de Lyon où j’ai obtenu ma Licence en Entrainement Sportif. Puis j’ai naturellement continué mon cursus afin d’obtenir un MASTER 2 en Préparation physique, Mentale et Réathlétisation. En parallèle de mes études, j’ai réalisé divers stages : DOMTAC FC en tant qu’éducateur (U9-U13-U15) lors de ma Licence. Puis Servette FC en tant que préparateur physique du centre de formation (M16-18 principalement) lors de ma M1. Et enfin, un stage à l’Olympique Lyonnais lors de mon année de M2 en tant que préparateur physique de l’équipe M15. A la fin de mes études, j’ai eu la chance d’être embauché à l’Olympique Lyonnais où j’ai occupé le poste de préparateur physique U16-17 durant trois saisons. A la suite de cela, j’ai pris la décision de quitter le club pour tenter un nouveau projet au Servette FC depuis maintenant 3 saisons.

2) Lors de ton passage en tant que préparateur physique au centre de formation de l’OL, qu’as-tu retenu, développé, mis en place (en terme de méthode, d’approche, etc…) ?

 

A l’Olympique Lyonnais, le niveau d’exigence est très élevé par la matière première (les joueurs) est d’un très haut niveau. Parfois, les joueurs ont tendance à se reposer sur leurs qualités et à ne pas se rendre compte de l’importance de chacun des paramètres de la performance. C’est pour cela qu’avec Romain Segui, mon responsable à l’époque et préparateur physique des U19, nous avions mis un point d’honneur aux aspects mentaux orientés autour du travail, de l’importance de s’engager, de s’investir chaque jour à l’entrainement, de ne pas vouloir faire plus mais toujours vouloir faire mieux. Nous avions aussi mis en place une philosophie de développement athlétique pour l’académie. Notre objectif était de construire le continuum athlétique de formation du joueur en relation avec : les besoins de chacune des catégories, les spécificités/profils de nos joueurs et surtout en corrélation avec la façon dont le directeur du centre de formation, Jean-François Vulliez, souhaitait que nos équipes jouent. Important de comprendre qu’en fonction de la façon dont nous souhaitons jouer, la préparation athlétique n’est pas la même.

 

En termes de méthodologie, nous fonctionnions sous forme cycle avec des grandes thématiques athlétiques et nous construisions l’ensemble de nos semaines en relation avec le thème (de la prévention à la vivacité de veille de match). La musculation, qui à l’époque n’était pas un élément central à l’OL, avait été réfléchie et pensée en relation avec la maturité. Nous avions décloisonné les groupes U16-17-19 afin de construire des groupes individualisés à la maturité et donc naturellement avec des méthodes de travail différentes.


"La musculation (...) avait été réfléchie et pensée 
en relation avec la maturité"

3) Quelles spécificités fais-tu du travail athlétique chez le jeune joueur en centre de formation ?

 

En formation, il faut savoir construire les profils avec patience ! Un joueur qui est en développement doit avoir un projet individualisé et qui lui permet de se développer à son rythme.

J’ai l’exemple de Castello LUKEBA que j’ai pu avoir en 15, 16 et 17 ans. Nous devions individualiser et adapter certaines parties d’entrainement pour lui car il n’était pas prêt, à l’époque, à supporter les charges d’entrainement de l’équipe. Son corps était en construction. Et quand sa maturité s’est stabilisée, nous avons augmenté les curseurs et ainsi pu lui proposer des charges de travail plus conséquentes.

 

En formation, il est essentiel de comprendre que joueurs et staffs doivent être patients. Certains joueurs veulent faire plus pour se développer plus vite et certains membres de staff veulent des performances à un instant T. Mais l’enjeu de la formation n’est pas là ! Il faut apprendre à évaluer à des instants pour proposer des processus d’entrainement adapté et individualisé afin de construire des étapes, constituant le projet de formation athlétique des joueurs. Quand on est jeune préparateur physique, on a souvent tendance à vouloir mettre en application des exercices, méthodologies de travail, sorties de la science ou de l’université mais il faut apprendre à doser les charges. Cela vient avec l’expérience. En tant que préparateur physique, il faut apprendre à gérer sa frustration de ne pas pouvoir mettre en place tel ou tel exercice car ce n’est pas le bon moment ou le bon contexte tout simplement.



4) Quelles sont les qualités athlétiques nécessaires exigés au haut niveau, pour devenir footballeur professionnel ?

 

Cela serait réducteur de dire que si je possède ou je ne possède pas certaines qualités je ne peux pas y arriver car l’exception existe toujours. En revanche, la réalité du terrain met en évidence que pour performer à haut niveau, les qualités athlétiques sont nécessaires et ceci en relation avec les postes de jeu. Aujourd’hui, la vitesse et la capacité à réaliser et répéter des efforts à haute et très haute intensité semblent être des qualités prépondérantes pour les joueurs extérieurs. L’endurance, le dynamisme et la capacité à changer de direction peuvent être des paramètres associés aux milieux de terrain.

Pour les attaquants et les défenseurs, la vitesse (linéaire et avec angles, les rotations, le timing, l’exécution …), le jeu de corps, et le rapport entre l’utilisation de cette force et vitesse peuvent être considérés comme essentiel. Mais encore une fois, chaque profil est atypique et les sportifs doivent posséder au moins une qualité forte orienté à leur position pour exister à haut niveau.


5) A travers ton expérience actuelle en suisse, au Servette de Genève et aussi en sélection et en sélection jeune U17 SUISSE, vois-tu des différences dans l’approche de la préparation physique au service du footballeur ?

 

Oui la Suisse est un pays riche culturellement car elle mêle approche germaine, française et italienne. Evidemment, le football Allemand est une référence pour une grande partie de la Suisse et cela s’en fait ressentir car les joueurs suisse-allemands ont des profils athlétiques très marqués avec une belle culture du développement physique. Les romands (suisses francophones) ont des qualités intrinsèques intéressantes et sont à un niveau de développement athlétique équivalent à la France. Enfin, les Suisses italophones, ont une culture athlétique intéressante mais avec des moyens qui ne leurs permettent pas toujours de pouvoir se développer de manière optimale.

La partie athlétique est très présente en Suisse car la fédération met en place un suivi très important des joueurs (en sélection mais pas que) et l’individualisation du travail est au cœur du projet dans l’ensemble du pays. Ainsi, les joueurs ont souvent quelques carences athlétiques ou points d’optimisation qui font la nécessité d’un développement athlétique précis.


6) Quelles sont les particularités dans l'approche de la préparation physique avec une sélection nationale jeune ? Comment gères-tu la préparation physique en sélection ?

 

En sélection nationale, mon travail et celui du staff est avant tout d’avoir une gestion très pointue des charges de travail. Grâce aux GPS, aux échanges et à différents questionnaires nous essayons d’individualiser au maximum chaque partie d’entrainement. Notre objectif est clair, les joueurs doivent pouvoir donner le 100% de leurs capacités sur chaque match car les enjeux sont souvent importants.

Mon approche est d’avoir un rééquilibrage des charges en début de camp afin de pouvoir profiter d’un état de forme optimale pour tous. Les joueurs ne se développent pas athlétiquement en sélection mais en club ! Nous accompagnons simplement les joueurs à optimiser leurs performances surtout sur des éléments qu’ils ne peuvent pas toujours être développés en club : nutrition, hydratation, récupération, … A ce niveau, chaque détail compte et les joueurs doivent mettre en application leurs expériences de club au service de leur propre performance. Durant les camps, nous réalisons des rappels de vitesse / force x vitesse en fonction des jours de matchs mais le cœur des stages reste souvent les matchs. Nous ne réalisons que très peu de camps sans avoir de match. Ainsi, on contrôle les charges pour que chaque joueur réalise une performance alors que parfois en club, le développement en semaine est tellement primordial que le match devient secondaire.

Une chose est sure, les matchs internationaux obligent les joueurs à puiser dans l’ensemble de leurs ressources, l’approche mentale est très importante… car le stress, les enjeux, et le fait de défendre son pays sont des éléments impactant l’aspect mental.



7) Quel part accordes-tu au travail de la vitesse dans un microcycle de compétition (entre 2 matchs) ? Comment l’organises-tu ?

 

La vitesse est une qualité centrale en football. Mais une nouvelle fois, elle doit être individualisée en fonction des caractéristiques des joueurs. Penser que faire de la vitesse permet de transformer un joueur est une erreur. Car le développement de la vitesse passe aussi par un nombre important de paramètre : la force, la coordination, le gainage, … Donc en réalité, chaque jour on travaille la vitesse. De manière plus spécifique, nous avons une séance de développement de vitesse ou force vitesse. Principalement le mercredi lors de nos séances avec jeu grand espace. L’entrée de séance est souvent une partie vitesse que l’on tente d’intégrer dans des situations directement après.

On travaille le mardi sur les composantes de la vitesse (pliométrie, force, travail de pieds, …) et on va chercher des valeurs à très hautes intensités (>25km/h) le mercredi de façon associée ou intégrée à des schémas tactiques et donc à des postes. On travaille sur l’uniformité entre les joueurs le mardi et sur l’individualisation aux postes, aux caractéristiques du joueur le mercredi et ceci en lien avec notre projet de jeu.


"le développement de la vitesse passe aussi par un nombre important de paramètres : la force, la coordination, le gainage..."



8) Comment t'organises-tu pour le suivi de la charge d'entraînement ? Quelles méthodes utilises-tu ?

Nous appliquons le principe de double charge entre mardi et mercredi. Même si les modèles de planifications sont différents entre les catégories (linéaire pour les plus jeunes et ondulatoires pour les plus âgés) le principes de double charges s’applique. Notre structure de semaine est la suivante :

Lundi : Prévention BC + sollicitation muscu HC

Mardi : Développement des composantes de la qualité recherchée + Force BC

Mercredi : Développement individualisé de la qualité recherchée + Force HC

Jeudi : Jour de décharge – Travail de mobilité de hanche + récupération +++

Vendredi : Explosivité BC / vivacité

 

Nous utilisons les GPS pour calibrer les données objectives, les questionnaires pré et post séance pour les données subjectives. 


9) La prévention des blessures est un élément central de la PA, que mets-tu en place à ce niveau-là ? quelles sont tes préconisations ?

Nous avons tous les jours des éléments de prévention. Les joueurs sont convoqués 30 min avant chaque séance et réalisent un travail de prévention de 15 à 20 min avant l’entrainement sous différentes formes :

- renforcement musculaire (travail sous différents régimes de contractions)

- musculation HC ou BC

- activation type vélo / corde à sauter

- Core training

- travail de pieds/genoux type : proprioception / Bosu / Appuis / Corde à sauter

- travail de hanche : routine de mobilité

- travail spécifique d’épaules pour les GK

 

Organisation dans la semaine :

Lundi : renfo musculaire généralisé

Mardi : Activation pieds / genoux + musculation

Mercredi : Activation cardio + routine individualisée

Jeudi : travail de mobilité – hanches + épaules

Vendredi : activation nerveuse type explo + mini bandes

 

En fil rouge, nous avons le core training avec des routines individuelles.

 

Au total, 3 types de préventions :

- prévention généralisée avant la blessure

- prévention individualisée avant la blessure (travail sur des alertes)

- prévention individualisée post blessure

 

Mais ce qui est important c’est la capacité du staff technique et médical à COMMUNIQUER – ADAPTER – INDIVIDUALISER chaque partie d’entrainement.



6 juin 2020

INTERVIEW DE JEAN-CHRISTOPHE HOURCADE - PRÉPARATEUR PHYSIQUE ET PhD


Je ne pense pas que j'ai besoin de vous le présenter, mais c'est un plaisir de bénéficier d'une interview de Jean-Christophe HOURCADE, docteur en sciences du sport, préparateur physique et que j'ai cotoyé lors des jurys du diplôme de préparateur physique à la FFF, qui a créé la société ACPASPORT et vient de proposer sur le marché un logiciel de suivi de l 'entraînement.

Un parcours très fourni, forcément intéressant à découvrir et riche d'enseignements. Un homme de terrain qui a continué à se former jusqu'à suivre un cycle doctoral récemment. Un passionné...investit dans le développement de la préparation physique dans le football.


1) Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?

Bordelais de naissance et passionné de football depuis toujours, j'ai baigné dans ce milieu depuis mon enfance, grâce à mon père qui a été Vice-Président et Trésorier des girondins de Bordeaux de 1980 à 1989. Faute d'avoir les qualités nécessaires pour jouer à bon niveau, j'ai assouvi ma passion en tant qu'éducateur, prenant en charge ma première équipe de poussins en 1981 à l'âge de 15 ans. Tout naturellement j'ai suivi après le BAC un cursus STAPS en parallèle de mes formations fédérales. Après 20 ans en tant qu'éducateur et entraîneur amateur en gironde, j'ai intégré mon premier club professionnel en 2001 au Toulouse FC. Après 4 saisons et 2 accessions, j'ai rejoint l'ASSE où j'ai découvert l'Europe, même si ce n'était que l'Intertoto ! J'ai travaillé ensuite dans des structures plus modestes, Rodez Aveyron Foot, Tours FC, avant de retrouver la Ligue 1 avec le VAFC en 2011. J'ai pris ensuite un peu de recul par rapport au terrain, un choix personnel pour souffler un peu et actualiser mes connaissances. Cette période a été très constructive, m'offrant la possibilité la saison dernière de prendre en charge la préparation physique et la cellule performance du club de la JSK (Jeunesse Sportive Kabilye) en Algérie. Une riche expérience ponctuée par une 3ème place avant la période de confinement et un parcours honorable en Champions League Africaine.

2) Tu as récemment réalisé une thèse, peux-tu évoquer cette étude ?

Après 12 années en professionnel, fin 2013, François BLAQUARD m'a proposé de financer un travail de recherche pour la cellule performance de la fédération, en collaboration avec l'IRMES et la faculté de Paris DESCARTES. 3 années de travail acharné qui m'ont permis d'actualiser mes connaissances et quitter ma zone de confort. Ce fut une expérience aussi riche que difficile, surtout 20 ans après avoir quitté la faculté! Je me suis concentré sur les différentes problématiques liées à la quantification de la charge d'entraînement et les effets associés.

3) Tu diriges une structure, ACPASPORT, peux-tu nous parler de l’objet de cette structure ?


ACPASPORT est une académie certifiée centre de formation, créée en 2009, adoubée par la FFF, ayant pour vocation première d'offrir à tous les éducateurs amateurs des contenus pédagogiques, facilement accessible et transférable sur le terrain. J'organise chaque année, en fonction de mes disponibilités, 2 à 4 masterclass réunissant 15 stagiaires par promotion. Lors des premières années, ces formations étaient généralistes, abordant toutes les thématiques qui touchent à la préparation physique. Depuis 2016, avec la mise en place du CFPA (Certificat Fédéral de Préparation Athlétique) dans les ligues au niveau régional, j'ai réorienté mes contenus d'enseignement en relation directe avec mes travaux de recherche : la gestion de la charge d'entraînement, la réathlétisation du footballeur, sont ainsi abordés. Pour la prochaine saison, un nouveau thème sera traité : L'outil GPS. Autre nouveauté pour 2021, une masterclass de 3 jours dédiée à la formation continue : l'occasion pour tous de ré-actualiser ses connaissances avec l'intervention d'expert issu du milieu professionnel. 

4) L'approche de la préparation physique aujourd'hui exige un suivi de la charge et du joueur précis et individualisé, peux-tu nous parler de l'application que tu as créé en ce sens ?

J'ai créé en 2018 ACPA Performance, société éditrice de logiciels d'entraînement. J'ai développé avec mon équipe une plateforme d'optimisation de la performance en football, le résultat concret de mes dernières années de travail et de recherche. "Soccer BI" (Business Intelligence) a pour vocation d'aider les entraîneurs dans leur gestion de l'effectif au quotidien, que ce soit pour les indices de forme, les charges de travail, les suivis de séances et de la compétition ainsi que pour la partie médicale. Nous venons de clôturer 2 ans de tests avec des clubs de tout niveau. En parallèle de la version professionnelle, j'ai décidé ces derniers mois d'accélérer le développement d'une version accessible, très simple d'utilisation, et surtout très abordable sur le plan financier puisque nos proposons un tarif d'abonnement inférieur à 6€/mois.
Il existe beaucoup de solutions sur le marché, mais toutes les méthodes de suivi et de quantification ne sont pas applicables au football. En toute humilité, "Soccer BI" est une des premières solutions développées spécifiquement par rapport aux contraintes et exigences du football. Enfin, et nous en sommes fiers, nous avons intégré à notre logiciel un outil de présentation des données, le Power BI, développé par Microsoft, qui offre l'avantage pouvoir composer ses propres rapports d'après séances en fonction de ses propres critères. J'invite tous les entraîneurs à venir découvrir Soccer BI :https://www.acpasport.com/soccer-bi/prevente/?fbclid=IwAR0heispLtrtxGDUbzs0lNYDMIzDUaaCUiF0thrMWhI5OHBZ-E1nYdcPl7Q

5) Que penses-tu des cellules performances qui composent les staffs dans les clubs professionnels ?

Je le vois d'un très bon oeil ! Cela me semble aujourd'hui incontournable, et je ne dis pas ça parce que la plupart des responsables de ces cellules sont, comme moi, des docteurs en sciences du sport mais bien parce que cela permet d'orienter les décisions du terrain en s'appuyant sur un socle théorique et scientifique éprouvé. Cela apporte une aide précieuse aux préparateurs physiques qui ne peuvent pas tout faire, et c'est une aide à la décision pour le coach principal.

"Les coachs vont devoir trouvé le juste équilibre, entre 
un développement contrôlé des qualités physiques 
et la maîtrise des émotions de leurs joueurs"

6) Cette période de confinement (suite au COVID 19) a été particulièrement longue pour les sportifs et les footballeurs en particulier, quelles sont les précautions à prendre pour envisager une reprise sans blessure ? As-tu des conseils ?

Sans trop rentrer dans les détails, il est évident qu'il va falloir être très prudent, lors des premières semaines de reprise, et surement beaucoup plus qu'après une trêve estivale classique. Le décrochage physique est une chose, mais le décrochage psychologique est également à prendre en compte. Les coachs vont devoir trouver le juste équilibre, entre un développement contrôlé des qualités physiques et la maîtrise des émotions de leurs joueurs. Des programmes préventifs et surtout progressifs doivent permettre d'atteindre ces 2 objectifs.


"...entretenir des relations privilégiées et 
de confiance avec le staff médical"

7) Que retiens-tu des coachs avec qui tu as travaillé ? Quels conseils peux-tu donner à de jeunes préparateurs physiques par rapport à ça ?

J'ai eu la chance de travailler avec plusieurs coachs professionnels, tous dotés de qualités différentes mais complémentaires. J'ai aimé la science de l'entraînement d'Erick MOMBAERTS, les qualités de meneur d'hommes d'Elie BAUP, la connaissance pragmatique du football d'Hubert VELUD, et les qualités managériales exceptionnelles de Daniel SANCHEZ.
La grande difficulté de notre métier est de trouver le bon positionnement dans le staff, et cela dépend aussi de la relation personnelle que l'on a avec l'entraîneur. J'aurais 2 conseils à donner, le premier conseil que je n'ai pas suivi à mes débuts, c'est de donner son avis que lorsqu'on vous le demande. Le deuxième, est d'entretenir des relations privilégiées et de confiance avec le staff médical. Sans cela, c'est l'échec assuré !


8) Comment vois-tu l'avenir de la préparation physique dans le football d'ici 10 ans, 20 ans ?

Déjà, je suis inquiet de l'évolution des mentalités des jeunes joueurs, qui sont très tôt sollicités par une multitude d'acteurs (agents, académie privée, etc...) et soumis à fortes tentations. Ils n'ont pas toujours conscience de l'investissement et de l'engagement que le métier de joueur professionnel exige (entraînement invisible, exigence envers soi même à l'entraînement, attitude exemplaire, etc...).
Il est très difficile de dire ce que sera la préparation physique en football dans 10 ou 20 ans. Sûrement que les outils de haute technologies seront encore plus présents, notamment sur le plan du suivi biologique et de l'utilisation des géotextiles. Je pense que l'on sera capable en quelques secondes avant l'entraînement d'analyser à partir de certains marqueurs physiologiques et biologiques la capacité de performance des joueurs. C'est déjà un peu le cas dans les très grands clubs européens. 

     

       
https://www.acpasport.com/soccer-bi/prevente/?fbclid=IwAR0heispLtrtxGDUbzs0lNYDMIzDUaaCUiF0thrMWhI5OHBZ-E1nYdcPl7Q
https://www.acpasport.com/
https://www.youtube.com/watch?v=f7fL47tUjDQ

https://www.youtube.com/watch?v=eXqJGZHZePE

16 juin 2019

INTERVIEW DE SÉBASTIEN SERGENT - PRÉPARATEUR PHYSIQUE

Peux-tu te présenter et décrire ton parcours jusque-là ? (diplômes, expériences professionnelles, etc…)

Après 15 ans en tant que préparateur physique dans les armées  (moniteur d’entraînement physique militaire et sportif) je me suis reconverti PA dans le football en 2014 par passion pour ce sport. J’ai complété ma formation en PP  militaire déjà bien garnie à l’Ecole Interarmées des Sport de Fontainebleau par un BEES 1 de musculation et d’haltérophilie (HACUMESE), un DUPP à Dijon (https://www.cepcometti.com/), des formations en réathlétisation à l’IFM2S de Liévin. En 2015 j’ai passé mon CEPA pour approfondir mes connaissances spécifiques au football. Malgré mon expérience en PP j’attache une importance à ma formation continue, la dernière en date le MasterClass sur la gestion de charge d’entraînement à l’académie ACPASPORT de Jean Christophe Hourcade à Bordeaux (https://www.acpasport.com/). Après 4 saisons en CFA/N2 j’ai rejoint Boulogne sur Mer en N1 cette saison 2018/2019 (http://www.usbco.com/).

Quelles sont tes missions en tant que préparateur physique auprès de l’équipe pro ?
Je suis responsable de la performance du groupe de la N1. J’assure la PA des 24 joueurs, la gestion de leur état de forme tout au long de la saison ainsi que la réathlétisation. Je coordonne également l’action entre le médical (kinés, médecin) et le staff.

Peux-tu nous présenter brièvement le dispositif d’évaluation des aspects athlétiques que tu mets en place avec l’équipe? 
J’évalue les qualités aérobies en début de saison avec 2 tests, dans un premier temps par l’intermédiaire d’un  test continu le Vameval puis par la suite un test intermittent le 45/15. Je refais parfois un test à Noël pour la deuxième partie de saison. J’évalue également la puissance et l’explosivité par un test de CMJ et SJ. Quand j’ai la possibilité je fais passer  quelques tests iso cinétiques pour les ischios sur des joueurs cibles. Je contrôle l’évolution des performances en match avec les rapports gps. 


"ILS FONT UNE ACTIVATION EN SALLE 
ORIENTÉE SUR LE CONTENU DE SÉANCE"

Quelle place accordes-tu à la prophylaxie ?
La prophylaxie fait partie de mon quotidien. Déjà les contenus que je propose ne doivent pas être accentogènes. Il est important de bien programmer et articuler ses contenus athlétiques dans la semaine et dans la saison. J’essaye d’avoir une individualisation dans ce domaine en fonction des besoins des joueurs. Ils font une activation en salle avant l’entraînement orientée sur le contenu de séance ainsi que sur leurs besoins. J’essaye également de soigner les sorties de séances trop souvent délaissées à mon goût.

Peux-tu nous dire comment organises-tu le suivi de la charge hebdomadaire ? Quelle méthode utilises-tu ?
Pour la gestion de ma charge d’entraînement j’utilise la méthode exercice-CR10 en plus de l’analyse des efforts avec les GPS. Cette RPE permet notamment de différencier les impacts neuromusculaires de chacun des exercices et d’anticiper une fatigue aigüe.
Pour la planification,  je suis l’évolution du ratio charge aigüe/charge chronique de cette RPE avec une moyenne sur 4 semaines. Les GPS me permettent surtout de vérifier si les objectifs de séances sont atteints et d’ajuster si besoin. J’effectue périodiquement  des questionnaires sur l’état de forme (POMS) et sur la gestion du sommeil pour anticiper sur une éventuelle fatigue.



Quelle est la place de la méthode intégrée dans l’agencement de tes contenus PA hebdomadaire ?
Les contenus de séance sont établis en collaboration avec le coach et en fonction des besoins et de l’objectif de la séance j’y inclus une ou plusieurs séquences PA en travail associé. Il est important de construire la séance avec le coach pour éviter les interférences en termes de contenu athlétique. J’utilise uniquement le travail intégré sur l’entretien de qualités aérobies ou de force sous forme de jeu réduit ou de conservation.

"IL FAUT APPRENDRE A BIEN CONNAITRE 
SON GROUPE ET INSTAURER 
UN CLIMAT DE CONFIANCE"


Aujourd’hui, beaucoup d’entraîneurs et de PA parlent d’individualisation. Comment individualiser dans un sport collectif ? Jusqu’à quel point ? Quel est ton approche de l’individualisation dans la préparation physique ? par profil ? par poste ?
C’est mon objectif également mais c’est le plus difficile à réaliser à mon sens surtout si tu es seul. J’essaie de répondre au mieux aux besoins de chaque joueur en termes de prévention, de complément athlétique et dans la gestion du potentiel en fonction de l’âge par exemple. Pour cela il faut apprendre à bien connaître son groupe et instaurer un climat de confiance avec eux. Cela demande du temps !



Quelle dynamique de charge préconises-tu à J-1 et J+2 ? Peux-tu nous présenter ton approche ? Quels contenus PA ?
La veille de match je mets en place une séquence basée sur la réactivité et la vivacité. La séance est plus courte mais dynamique.


"L'INDIVIDUALISATION EST UNE DES CLÉS

DE LA RÉUSSITE DANS LA PERFORMANCE"


Quel protocole de récupération proposes-tu à l’équipe post match ? Y-a-t-il une différence à domicile et à l’extérieur ? 

Les deux jours qui suivent le match sont basés uniquement sur la régénération. Le match ayant lieu le vendredi à 20h je programme une séance de régénération le samedi matin si on joue à domicile, à base d’aérobie 20’ (vélo ou footing), de massages et de bains froids.

Par contre je profite de cette séance pour faire travailler un peu plus les remplaçants.
Le dimanche c’est repos généralement.

Quand on joue à l’extérieur, la contrainte des longs déplacements en N1, en car ou en train, ne nous permettent pas de faire cette séance le samedi matin. Repos samedi et dimanche.


Que penses-tu des cellules « performance » qui se mettent en place dans certains clubs pro ?
Je pense que pour individualiser le travail c’est nécessaire car seul il est difficile de tout mettre en place, il faut faire des choix. En effet je pense que l’individualisation est une des clefs de la réussite dans la performance.

Merci Sébastien pour ce partage et très bonne continuation à toi !!!

7 avr. 2018

ENTRETIEN AVEC SANDY GUICHARD - PRÉPARATEUR PHYSIQUE FOOTBALL




Pour continuer à avoir un éclairage sur le métier de préparateur athlétique et poursuivre la connaissance des préparateurs athlétiques qui s'occupent de nos équipes professionnelles, je vous propose l'interview de Sandy GUICHARD, un technicien qui a déjà travaillé à l'étranger, avec une sélection nationale et en Ligue 1. Actuellement au FC Sochaux en tant que préparateur physique en charge de l'équipe professionnelle de Ligue 2 au côté Peter ZEIDLER, cet ancien joueur de CFA issu du département de l'Ain a bien voulu nous accorder un peu de temps et partager sa vision du métier.

1) Peux-tu te présenter et décrire ton parcours jusque là ?

J'ai 35 ans et je suis originaire de la banlieue de Lyon. J'ai suivi un cursus STAPS jusqu' à la Maîtrise Entraînement sportif, et réalisé plusieurs Diplôme Universitaire (DUEPP de Lyon, DU Evaluation et Préparation Physique de Besançon, DU Nutrition du Sportif de Paris). J'ai travaillé dans différents clubs à divers niveaux (de CFA à Ligue 1). Mes dernières expériences sont notamment l'équipe Nationale d'Algérie avec le coach Vahid HALILHODZIC et une participation à la Coupe du Monde au Brésil en 2014, la Ligue 1 turque avec le club de Trabzonspor et le même coach, en Ligue 1 au FC Girondins de Bordeaux avec Willy SAGNOL, puis en Ligue 2 actuellement au FC Sochaux.

2) As-tu travaillé dans un centre de formation d'un club professionnel ?

Non je n'ai jamais évolué en tant que préparateur athlétique en centre de formation.

3) Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ? Le moins ?

Pour moi, avant tout, ce n'est pas un travail mais une passion. Pouvoir allier football, entraînement, vie de groupe, physiologie du sport, préparation athlétique est une réelle chance. Ce que j'aime le plus, c'est la vie de groupe, créer quelque chose de fort avec les joueurs, les relations humaines sont la base de tout.

"Pour moi, le joueur doit être complet mais avec un point fort qui lui permettra d'avoir un profil physique qui lui est propre"



4) Quelles sont les qualités athlétiques nécessaires exigés au haut niveau, pour devenir footballeur professionnel ?

Pour moi, le joueur doit être complet d'un point de vue athlétique mais avec un point fort qui lui permettra d'avoir un profil physique qui lui est propre. La vitesse reste primordiale et cela à tous les postes. Le triangle d'or d'un point de vue athlétique est la Force-Vitesse-Endurance avec un fil rouge sur les qualités de coordination, proprioception, souplesse.
On sait que les joueurs doivent être capable de répéter des efforts à haute intensité (course, sprints, sauts, accélération...) avec des repos aléatoires. A nous de travailler sur ces domaines là tout en sachant que selon le niveau de l'équipe, les joueurs peuvent jouer jusqu'à 50-60 matchs par saison !

5) A travers tes expériences à l'étranger (Algérie, Turquie), et aussi en sélection et club, que retiens-tu ? Quelle différence entre sélection et club pour le préparateur athlétique ?


J'ai beaucoup aimé mon expérience avec une équipe nationale car dans ce cas là, tu n'es jamais dans l'urgence, tu as le temps de préparer tes séances, de les tester. Tu sais que tu n'as pas beaucoup de temps et par conséquent tu dois travailler de manière optimale. Les joueurs arrivent souvent avec une grosse envie de bien faire pour leur pays, pour bien le représenter, donc ça facilite le travail. En revanche, tu n'as pas le droit à l'erreur car tu joues très souvent des matchs décisifs, donc la pression est forte sur les joueurs et le staff. J'ai beaucoup aimé ces expériences car dans ces deux pays, Algérie et Turquie, la ferveur pour le football est immense !


6) Quelles sont les particularités dans l'approche de la préparation physique avec une sélection nationale ?
L'avantage, c'est que les joueurs qui viennent en sélection sont opérationnels, ils ne viennent pas blessés. Les 23 joueurs convoqués sont prêts et opérationnels, alors qu'en club tu as 3 groupes (ceux qui jouent le plus, ceux qui jouent le moins, les blessés). Les joueurs sont dans des conditions idéales, motivés, tous prêt à donner 100%. La préparation des compétitions (CAN, Coupe du monde) est vraiment intéressante et stimulante, on a du temps avec des périodes de stage permettant de proposer des contenus de préparation athlétique.
Après, la part de risque est limitée avec les conditions particulières de l'Afrique et du contexte. On reste très vigilant par rapport aux conditions (température, qualité des terrains, longueur des déplacements, etc...).
La part accordé au suivi des joueurs en amont est intéressante au quotidien, pour faire le lien avec la sélection et anticiper l'arrivée du joueur. Aller voir les matchs, contacter le PA du club, rencontrer les joueurs en contexte de club, connaître leur situation (temps de jeu, blessures récentes, etc...).
Pendant la coupe du monde, il fallait être physiquement prêt pour en faire un point fort de l'équipe. Cyril MOINE et moi avons eu des donc des objectifs élevés en la matière et des plages d'entraînement importantes pour développer la préparation athlétique.
Pour le suivi de l'état de forme, on a misé notamment sur un suivi particulier sur le sommeil et la récupération (avec des conseils individualisés).




7) Comment agences-tu le travail de la vitesse dans un microcylce de compétition (entre 2 matchs) ?
Tout dépend déjà avec quel coach tu travailles. Avec le coach Vahid HALILHODZIC on travaillait beaucoup sur la répétition de sprint. Avec Peter ZEIDLER à Sochaux, on n'en fait quasiment pas de manière dissociée, c'est plutôt fait dans les séances intégrées notamment sur les séquences de jeu sur la transition avec beaucoup d'intensité. On fait par contre de la vivacité.
Avec le coach Willy SAGNOL, c'était plutôt combiné, avec de la vitesse spécifique au poste.
La séance vitesse peut se faire à J-4 (voire J-3), cela dépendra aussi de la séance de la veille.

8) Comment t'organises-tu pour le suivi de la charge d'entraînement ? Quelles méthodes utilises-tu ?
Sur le suivi de la charge, c'est difficile car il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. Je réalise un suivi longitudinal avec GPS, MY COACH RPE, charge programmée par séance et par semaine. S'il y a des grandes variations entre les 3 paramètres, c'est un signal d'alerte, ce qui me permet d'éventuellement réajuster. Multiplier les facteurs permet d'avoir plus d'informations. Cela permet d'avoir une idée plus précise. Rien n'est figé, cela reste difficile à suivre et à analyser. Les méthodes et les technologies évoluent vite.

9) L'individualisation est devenu est un enjeu majeur dans l'entraînement, et on sait que c'est difficile dans un sport collectif, comment t'y prends-tu pour individualiser la préparation athlétique ?
C'est au quotidien mon plus gros boulot. Ce n'était pas le cas auparavant quand j'ai débuté. Maintenant, je travaille avec le profil du joueur, j'essaye de déterminer un profil athlétique et global, qui permet d'orienter des protocoles et contenus spécifiques et individualisés par joueur.
Aujourd'hui, je réalise par semaine, 8 à 10 séances individualisées qui durent de 20 à 40 min.
Parfois, par manque de temps, on réduit à 2 créneaux individualisés, et les joueurs viennent nous voir et nous demandent pourquoi on en fait moins (cela montre leur intérêt). Parfois il y a des séances sur la base du volontariat, parfois elles sont obligatoires. Elles sont avant et après les séances collectives :
- Avant : Pré-échauffement : travail fonctionnel et orientation prévention des blessures.
- Après : Développement orienté et individualisé sur les aspects athlétiques en fonction du profil.

"Individualisation, protocole et autonomie 
pour que le joueur s'approprie 
ses contenus prophylactiques 
propres à ses blessures précédentes."

10) La prévention des blessures est un élément central de la PA, que mets-tu en place à ce niveau là ? quelles sont tes préconisations ?
Cela rejoint ma réponse précédente, on prend l'historique du joueur. Si on perçoit des joueurs "fragiles" ou certaines fragilités dans leur antécédent traumatologiques, on met en place un suivi particulier au quotidien pour le joueur. Individualisation, protocole et autonomie pour que le joueur s'approprie ses contenus prophylactiques propres à ses blessures précédentes.

11) Tu as travaillé avec plusieurs coachs différents, que retiens-tu de cette relation avec le coach ?

La méthodologie et l'approche de l'entraînement et de la préparation physique change en fonction du coach, avec Vahid HALILHODZIC c'était très porté sur le physique, car pour lui il faut être prêt physiquement pour jouer ! Il est directif, très clair sur ce qu'il veut.
Avec Peter ZEIDLER, c'est avant tout le jeu qui prime, et c'est parce qu'on va mettre de l'intensité en séance qu'on va travailler les aspects athlétiques. Il donne les directives par rapport à son besoin athlétique. On est sur le paramétrage des efforts au juste contour de l'activité avec une PA intégrée (précision sur la charge programmée sur les jeux, sur les espaces de jeu, etc...). J'ai dû m'adapter et proposer un travail avant et après entraînement à base de travail individuel et de protocole.
Quant à Willy SAGNOL, il délègue, fait confiance sur ton domaine d'intervention mais porte un regard pour que cela soit combiné dans l'intérêt du joueur et du jeu de l'équipe.
Ces approches différentes sont très enrichissantes et obligent le PA à s'adapter, à être à l'écoute et à bien comprendre la philosophie et les attentes du coach en matière de jeu et de ses besoins.


Merci pour ton partage, ta disponibilité et tes réponses riches.

Je te souhaite une belle fin de saison et encore pleins de réussites sportives pour la suite !

http://www.fcsochaux.fr/fr/index.html
http://www.coach-adjoint.com/interviews-turquie/guichard-sandy-pro

16 août 2017

ENTRETIEN AVEC NICOLAS DYON, PRÉPARATEUR PHYSIQUE FOOTBALL


J'ai le privilège de vous présenter l'interview d'un préparateur physique expérimenté, en France et à l'étranger, auteur de plusieurs livres, et qui contribue au développement de la préparation physique. Un préparateur physique passionné, humble, et qui a partagé sa vision pendant plus d'une heure lors d'un déplacement de son équipe à l'extérieur.  Il s'agit de Nicolas DYON, qui officie actuellement en tant que préparateur physique au FC Lugano, après une expérience de 2 saisons au Grasshopper Club Zürich. Des échanges riches et instructifs sur la façon dont le métier a évolué, sur la relation fondamentale avec les joueurs, sur les outils qui aident le préparateur athlétique. Bonne lecture... et un grand merci à Nicolas pour sa disponibilité et son partage ! Excellente saison à toi !!!!


Peux-tu te présenter et évoquer ton parcours jusque là ?

"Originaire de Bourgogne, je suis passé par un centre de formation, celui de Louhans Cuiseaux, qui était un bon club de formation, mais je n'ai pas pu passé pro à 17 ans, j'ai donc décidé de poursuivre mes études à l'UFR Staps de Dijon, où j'ai signé en tant que joueur au club du Cercle Dijon mais je me suis blessé gravement dès la rentrée. J'ai donc fait une croix sur ma carrière de joueur, et j'ai décidé de me lancer dans les études de sport. J'ai poursuivi jusqu'en Maîtrise Staps EMS, année pendant lesquelles j'ai rencontré Gilles COMETTI et Georges GACON qui m'ont donné envie de faire ce métier et de m'orienter vers l'entraînement. J'ai également entraîné les catégories de jeunes au club de Dijon. Ensuite, c'est une rencontre, celle de Christian LARIEPE qui m'a fait venir à l'ASSE, où j'occupais la fonction de préparateur physique du centre le matin et entraîneur des 13 ans région l'après-midi. Cela a été très formateur ! J'ai beaucoup aimé ces années."

Comment es-tu arrivé dans le milieu professionnel ?

Ensuite, Robert NOUZARET et Rudi GARCIA souhaitait que j'intègre le staff pro en tant que préparateur physique, mais je ne me sentais pas prêt, j'ai donc refusé. Le club m'a permis de poursuivre en tant que préparateur physique des jeunes à temps plein pendant 2 saisons. Suite à un stage de l'équipe du Qatar à l'Etrat, j'ai eu l'opportunité de rencontrer un des entraîneurs, ce qui m'a permis de faire une mission de 5 mois là-bas. Le club m'a libéré pour cette mission, j'ai donc repris les fonctions au club et en octobre 2001, j'ai rencontré Fred ANTONETTI, qui souhaitait s'attacher les services d'un préparateur physique. Nous sommes restés 2 ans et demi jusqu'en 2004 avec une montée (Champion de Ligue 2) et une demi-finale de coupe de la Ligue. Ensuite, je suis resté un an au chômage, puis j'ai suivi le coach, où nous avons passé 4 saisons à l'OGC NICE et 4 saisons au Stade Rennais.
Après une mission de 3 mois dans un club de 1ère division aux EAU (Emirats Arabes Unis), j'ai signé en Suisse, au Grasshopper Zürich où je suis resté 2 saisons, puis j'ai suivi le coach au FC Lugano cette saison.

Quel regard portes-tu sur ton parcours professionnel ?

J'ai pris le partie de suivre un coach, de travailler avec un coach (Fred ANTONETTI) avec lequel j'avais des convergences d'opinion, de vision, et dont mes méthodes et mes compétences le satisfont. J'ai énormément pris de plaisir, et il m'a permis de découvrir le milieu professionnel. J'aurais pu signer 5 ans à l'ASSE à l'époque, mais j'ai décidé de suivre le coach. Aujourd'hui, j'ai parfois le sentiment que la compétence reconnue est passé au second plan, c'est plus du réseau et du lobbying qui l'emporte. Je me pose donc des questions sur la façon de travailler avec les coachs, avec les clubs, je ne sais pas trop quelle stratégie il faut aborder en tant que préparateur physique. Je suis convaincu qu'il faut être présent et mettre ses compétences au service du joueur, pour le faire progresser en tant que footballeur. 


"c'est important que l'entraînement 
permette au joueur de progresser, 
d'augmenter son niveau de performance"


Comment a évolué la fonction de préparateur physique, quelles sont les missions aujourd'hui dans un club ?

Déjà, je tiens à préciser que dans l'idéal, je souhaiterais travailler au moins à 2 préparateurs physiques de même niveau, pas forcément avec une hiérarchie, mais avec des conceptions et méthodes similaires, afin d'être plus précis et se répartir les missions qui incombent au développement physique des joueurs. Lorsqu'on est 330 jours sur 365 en face à face avec les joueurs, c'est bien d'être 2 pour changer d'interlocuteur, se répartir les séquences terrain, musculation en salle, etc.... Pour moi, c'est important de casser le quotidien, de changer la routine. Donc aujourd'hui, c'est nécessaire d'être au moins 2 préparateurs physique dans un club pro afin de bien travailler et d'être plus précis, entre l'analyse des datas (GPS, RPE), la réathlétisation, les séances collectives, l'individualisation, la musculation...
Je retiens une phrase du coach Fred ANTONETTI, qui disait : "Au final, est-ce que le joueur est plus fort à la fin de saison  (physiquement, tactiquement, etc...)?". Pour lui, et je le rejoins, c'est important que l'entraînement soit un élément permettant de progresser, d'augmenter le niveau de performance. Le métier peut évoluer, mais le préparateur physique doit toujours faire progresser physiquement les joueurs pour qu'ils puissent atteindre leur plus haut niveau de performance. 
Récemment, je lisais un article d'un coach renommé qui répondait à la question, "quelles sont les éléments pour être performant à haut niveau", il répondait : 
1 - la relation président/entraîneur doit être de confiance et privilégiée
2 - améliorer la qualité de son équipe par un recrutement adapté et précis
3 - la santé et la forme de vos joueurs (un joueur blessé n'est pas disponible)

Tu as démarré dans le milieu professionnel en 2001, depuis plus de 15 ans, quelles sont les évolutions de la PA dans le football ?

Les missions ont évolué notamment à travers toutes les données à exploiter, la prévention, la réathlétisation, etc...avant il fallait uniquement amené les joueurs à leur état de forme (c'est toujours le cas !), mais aujourd'hui, il faut en plus, et c'est logique, ne pas avoir de blessé ou éviter au maximum les blessures. Avant, quand je prenais en compte les tests isocinétiques, si il n'y avait pas de déficit constaté, il n'y avait pas de travail préventif spécifique et individualisé. Aujourd'hui, c'est une constante toute la saison. A ce propos, il faut réellement être vigilant sur la chaîne postérieure. J'ai réalisé un article dans "Sport et Vie" en 2013 à ce sujet. 
Actuellement je mets en place 2 parties de séances par semaine sur la prévention  (1 en salle et 1 sur le terrain), ce que je ne faisais pas il y a 15 ans auparavant.

Que penses-tu justement de toutes les données collectées et de son utilisation ?

Pour ma part, je pense que cela nous apporte une aide considérable notamment sur le recueil de données au quotidien, concernant le processus d'hyper individualisation de l'entraînement grâce au training load, à travers MY COACH RPE (dont j'ai participé à la création et au développement et que j'utilise). C'est un outil devenu indispensable qui me permet d'avoir un retour d'information énorme des joueurs  pré et post séance et post match, (je ne pourrais pas discuter 3 min avec chaque joueur tous les matins...). Je pense qu'il faut aller jusqu'à envoyer des données au joueur sur le suivi de sa forme afin de gagner du temps, de communiquer (retour d'info) et d'améliorer la performance du joueur.
Je mets les GPS à 50% des joueurs à l'entraînement et à tous les joueurs lors des matchs. J'arrive à transmettre les données 2H après le match aux joueurs et au staff. C'est une assistance virtuelle très intéressante, en un temps record. Je prends en compte 8 paramètres que je regarde toute la saison (distance totale, distance parcourue en sprint, nombre d'accélération, etc...). Cela me permet de contrôler l'évolution des données, en match, par saison, et ce suivi GPS en match est transmis au joueur, afin qu'il connaisse leurs données objectives (auto-évaluation).  
Par contre, je ne suis pas partisan des analyses en direct (live pendant l'entraînement ou le match), je ne parviens pas à l'utiliser, cela ne me correspond pas. Je comprends par contre l'intérêt pour le travail de compensation qui peut être réalisé si un joueur n'atteint pas les objectifs de séances. J' utilise les données post-séance afin d'améliorer les entraînements, d'ajuster les charges et d'individualiser. 
Aujourd'hui, croiser les données objectives (GPS, tests, etc...) et subjectives (RPE, ressenti du staff, etc...) semble pertinent pour suivre et analyser la charge et évaluer la forme du groupe.

En Suisse, y-a-t-il des particularités dans le métier de préparateur physique ?


Concernant la préparation physique au football, pas vraiment, ça reste similaire à ce qu'on voit en France. Je deviens de plus en plus convaincu de l'importance du travail fonctionnel.
Par contre, à l'arrivée dans un club professionnel, on est obligé de suivre la formation suisse et d'obtenir le diplôme. Finalement, c'est très bien, car cela permet de suivre une formation, de se faire connaître, de rencontrer des techniciens, etc...il y a donc un statut pour le préparateur physique dans le club.



Concernant les tests d'évaluation, que mets-tu en place ? Quelle batterie de tests ?

Après 2 jours de reprise, les tests sont mis en place. Après des tests isocinétiques qui visent à une analyse fine sur potentiels déficits des membres inférieurs, je réalise le traditionnel VAMEVAL (15 jours plus tard, je réalise le Yoyo intermittent test). J'utilise les tests FMS, un test d'explosivité avec Myotest sur un squat (identifier le profil), et des tests fonctionnels (sauts à cloche pied x 3, saut de grenouille, etc...) qui mettent en jeu plusieurs qualités physiques et qui permettent de déceler des déficits sur un mouvement fonctionnel. Je réalise ces mêmes tests une 2ème fois en janvier.


" Pour moi, la relation quotidienne 
avec les joueurs est fondamentale"


Quelle est la dynamique de charge que tu vises de manière hebdomadaire entre 2 matchs ?

Pour ce qui est de la préparation de début de saison, je reste sur la conception "classique" d'effectuer des courses longues pour venir petit à petit vers des efforts explosifs, brefs et intenses avec des récupérations incomplètes, ce que je travaille tout au long de la saison, en faisant quelques piqûres de rappel d'efforts plus long toutes les 5-6 semaines.



Sur le plan hebdomadaire, je recherche des dynamiques avec de fortes variations de charge dans la semaine. Au niveau des UA (unités arbitraires à travers MY COACH RPE) je vise 2500 UA par semaine. La semaine type ressemble à ça, avec 2 possibilités:

1ère possibilité : 
Samedi soir : MATCH
Dimanche matin : décrassage à vélo en salle ou à l'extérieur + circuit de récup/soins (étirements, balnéo, massage, etc...). Pour les joueurs remplaçants, 30 minutes très intenses à bases de jeu réduit et courses intermittentes.
Lundi : repos
Mardi matin : Séance à charge moyenne
Mardi après-midi : travail individuel en fonction des besoins(physique, technique, tactique, vidéo...)
Mercredi matin : prévention, travail d'explosivité en salle
Mercredi après-midi : jeu réduit, jeu rapide, sur le terrain
Jeudi : séance à charge faible
Vendredi matin : 1H de séance très intense (intensité max, doit être proche du match) 
Samedi matin : réveil musculaire (sur demande, inscription des joueurs la veille)

2ème possibilité :  Le décrassage du dimanche peut parfois (en fonction des conditions) se mettre en place le samedi soir après le match. Toutefois, avoir les joueurs le lendemain, soigner les bobos, être vigilant sur des apparitions de blessures éventuelles, etc...c'est aussi intéressant ! Et c'est bien de casser les routines de temps en temps. Du coup, ça donne : 
Samedi : MATCH + décrassage
Dimanche : Repos
Lundi : après-midi : séance légère
Le reste de la semaine est similaire en terme de charge

Pour terminer, au-delà de ce qu'on a évoqué, qu'est ce qui te paraît important pour le préparateur physique ?

Pour moi, la relation quotidienne avec les joueurs est fondamentale, essentielle. Elle est la base et le ciment du travail collaboratif entre le préparateur physique et son groupe. Cette relation de confiance, particulière doit permettre au joueur de progresser, de s'impliquer, d'être convaincu du travail proposé et au préparateur physique d'avoir des informations importantes sur la santé, la forme, la fatigue de ses joueurs...A méthode égale, la façon dont tu animes une séance, un exercice fait varier l'intensité et l'impact sur les joueurs. Donc, la communication, la relation avec le joueur peut modifier cet impact physiologique.



Sincères remerciements pour ton partage d'expérience !!!
Excellente saison à toi et à ton équipe !!!

Livres : Etirements et échauffements musculaires - Edition Amphora (2004)
DVD : L'entraînement de la vitesse et de l'explosivité
DVD : Les blessures musculaires aux ishios-jambiers dans le football : méthodes de prévention

http://www.fclugano.com/
http://www.mycoachrpe.com/temoignage/nicolas-dyon/
https://www.clickforfoot.com/livre-dvd/520-dvd-nicolas-dyon-les-blessures-musculaires.html

28 mars 2017

ENTRETIEN AVEC CORENTIN DIGARD, PREPARATEUR PHYSIQUE DU CLERMONT FOOT 63

Aujourd'hui, c'est un jeune préparateur physique que je vous présente, mais avec déjà une belle expérience dans le football, une interview réalisée à distance avec Corentin DIGARD. Toujours intéressant de connaître les trajectoires, les parcours, de savoir les modes de fonctionnement et outils utilisés par les PA de clubs.

Peux-tu te présenter et décrire ton parcours jusque là ? (parcours scolaires, diplômes, expériences professionnelles, etc...)?

Corentin DIGARD, 28 ans. Préparateur physique au sein du staff professionnel du Clermont Foot 63 depuis cette saison.
Auparavant, j'ai travaillé à l'AJ AUXERRE (L2) en 2015-2016, JURA SUD FOOT (CFA) en 2014-15, FC MARTIGUES (CFA et National) de 2011 à 2014, et à l'AS CANNES (National) de 2009 à 2011 lors de mon stage Master.
J'ai obtenu une licence STAPS Entraînement Sportif (L1 et L2 à Lyon 1, L3 à Nice). Puis j'ai validé un Master Préparation physique et mentale à Lyon 1.
J'ai également passé le DU préparation physique dispensé au CEP Dijon.

Quelles sont tes missions, ton rôle, et ta place de préparateur physique auprès de l'équipe professionnelle ?

J'interviens sur la programmation athlétique pour le groupe, avec l'élaboration du contenu des cycles ou microcycles de travail tout au long de la saison. 
Je suis en charge du travail physique individuel avant ou après l'entraînement collectif, notamment à but préventif ou encore le travail de force en salle ou sur le terrain. 
J'effectue la plupart des mises en train de début de séance. 
J'anime les séquences de préparation associé ou dissocié, et parfois celle intégré. Tout comme certaines phases de retour au calme après entraînement. 
Et je gère également la réathlétisation des joueurs ayant une blessure en étroite collaboration avec le staff médical. 
Je m'occupe également du suivi de la charge d'entraînement, en effectuant un rapport quotidien au coach.

"On est au service du club 
et donc du coach"
Suite à tes divers expériences précédentes en club (amateur, pro...) et avec différents coachs, que retiens-tu ? Quels enseignements tu en retiens ?

Chaque coach a sa manière de fonctionner, avec ses propres demandes et attentes concernant son staff. Certains sont plutôt dans l'échange, d'autres plus directifs, il faut savoir s'adapter. Mais en tant que préparateur physique on doit rester à sa place, et ne pas outrepasser son rôle. On est au service du club et donc du coach. Il me semble important d'être capable de justifier, d'argumenter pourquoi on veut donner telle ou telle orientation. Tout comme il est primordial de s'adapter au cas où cela ne se déroule pas comme on l'avait prévu. 
Dans un staff amateur, j'ai eu un champ d'action élargi, dépassant la préparation physique. Cela a été très formateur. Mais dans un staff pro, vu le nombre d'adjoints, on peut davantage se concentrer sur nos tâches premières en étant, à mon sens, plus efficace sans pour autant fonctionner avec des œillères.
Il me semble indispensable que le staff soit uni, soudé, pour traverser du mieux possible une saison de football. 

Peux-tu nous dire comment organises-tu le suivi de la charge hebdomadaire ? Quelle méthode utilises-tu ? Comment t'organises-tu ?

J'utilise la méthode de perception de l'effort (RPE) via l'application MyCoach RPE pour quantifier la charge d'entraînement. On utilise ce monitoring ; pour programmer les charges, les contrôler, et pouvoir ainsi vérifier l'adéquation entre la charge prévue et la charge réalisée par les joueurs. Après chaque séance ils répondent à quelques questions sur leur téléphone (ou sur une tablette disposée dans le vestiaire). On obtient donc un training load individuel à chaque joueur. Si on remarque des différences trop importantes au cours d'une semaine par rapport à la charge des semaines précédentes, on peut alors aménager un programme pour un joueur qui pourrait être "à risque".

On a aussi l'outil GPS pour les indicateurs externes avec la société FIELDWIZ, après chaque séance je recueille les données et je fais un bilan que je transmets à la coach. Dans celui-ci, elle peut retrouver la distance totale parcourue par le joueur, la distance parcourue à haute intensité (> à 19 km/h), et le ratio (en pourcentage) entre ces 2 paramètres. Apparaît également le nombre d'accélérations (> à 2,5 m/s²), le nombre de sprint, ainsi que la vitesse maximale. Cela va notamment nous permettre de voir si on était dans les clous par rapport à l'objectif de la séance, ou bien si on est à un niveau inférieur ou supérieur (vigilance accrue lors des 48 heures précédents le match).

Pour croiser tous ces indicateurs, on a à notre disposition une plateforme, PERFBOOK. Au fur et à mesure que la saison avance, on commence à connaître les joueurs et ce qu'ils sont capables de produire sur le plan athlétique. Le but n'est pas de les fliquer mais surtout de déceler si jamais on a des joueurs qui sont un peu moins bien afin de prévenir les blessures. Lorsque sur des séances relativement comparable au niveau de la charge d’entraînement appliquée, on repère une diminution d'activité, on peut alors discuter avec lui pour voir si cela peut-être liée  une période plus difficile pour lui.

Quelle est la place de la méthode intégrée dans l'agencement de tes contenus PA hebdomadaire ?

Je ne suis pas adepte du tout intégré, il me semble nécessaire d'utiliser le travail dissocié ou associé lors de certaines phases d'un cycle ou micro-cycle. Cependant, il est clair qu'il ne faut pas perdre de vue que l'objectif est que les joueurs soient performants sur le plan footballistique. Sur le terrain, lors des séances collectives on passe donc la majeure partie du temps à travailler avec le ballon. on peut donc dire que le travail intégré est central à ce moment là. Chaque situation faite avec le ballon sollicitera physiquement le joueur. Mais une séquence de jeu (surface réduite ou grande), de conservation, de maîtrise technique individuelle, de travail aux postes...n'aura évidemment pas le même impact. On essaye avec la coach de se créer une base de données en fonction des situations avec ballon qu'elle met en place pour savoir quels efforts les joueurs produiront à ce moment là.


"Le football est un sport collectif
pratiqué par des individus qui ont 
un passé et des besoins différents."

Aujourd'hui, beaucoup d'entraîneurs et de préparateur athlétique parlent d'individualisation. Quel est ton approche de l’individualisation dans la préparation physique ? par profil ? par poste ?

Je suis totalement en accord avec ce concept. Le football est un sport collectif mais pratiqué par des individus qui ont un passé et des besoins différents. Le but est que chaque joueur puisse être au maximum de ses capacités du moment pour apporter au groupe.
Cela commence déjà avant le terrain, en fonction des pathologies dont a souffert un joueur dans sa carrière (lésions musculaires, articulaires) ou bien des déficits repérés (sur le plan musculaire, sur la stabilité, la mobilité, etc...) on va mettre en place avec le staff médical, des exercices (la plupart du temps avant l'entrainement) pour rééquilibrer le joueur, avec bien évidemment le but d'éviter la blessure mais également de le rendre plus performant.
On va également s'occuper des joueurs qui ne jouent pas ou peu le week-end en leur appliquant des charges d’entraînements plus élevées lors des décrassages notamment, ou parfois lors du début de micro-cycle tout en étant vigilant au programme qu'ils auront à effectuer les jours suivants.

Réalises-tu un travail de pré-échauffement avant séance?

Cette saison, à partir du mois de Novembre, lorsque les températures commençaient à chuter, les joueurs devaient effectuer un pré-échauffement en salle d'une vingtaine minute. On essaye de les sensibiliser au fait que cela est important dans la prévention des blessures mais également pour être performant dès le début de l'entraînement.




Quelle dynamique de charge préconises-tu à J+1 et J+2 ? Quels contenus PA à J-2 ?

Dans les 48h qui suivent un match je suis favorable à des charges d'entraînement légères voire nulles. L'importance doit être donnée à la récupération. Les demandes physiques et psychologiques sont telles lors des rencontres qu'il me semble nécessaire que le joueur se régénèrent  sur ces 2 aspects les 2 jours suivants.
A 48h d'un match, il me semble possible de garder un certain niveau d'intensité tout en faisant attention au volume afin d'arriver avec un niveau de fraîcheur lors de la rencontre. Des efforts brefs et intenses (de 1 à 5-6 secondes entrecoupées de périodes de récupération assez longues (1 min minimum) sous la forme de travail au poste par exemple. Des ateliers de travail d'appuis en fréquence notamment peuvent également avoir leur place.


Peux-tu nous dire quel est l'agencement des contenus PA au regard de la planification hebdomadaire (microcycle de compétition) ?


A J-4 : généralement nous reprenons par une séance à dominante aérobie (capacité), où je prends les 20 premières minutes avec un travail dissocié ou associé. On effectue également une partie de séances supplémentaires pour les joueurs n'ayant peu ou pas joué le week-end précédent, avec des ateliers permettant de travailler la PMA ou la répétition d'efforts à haute intensité.


A J-3 : on va travailler sur la dominante athlétique que l'on aura programmé pour ce microcycle. En début de séance si l'on fait de la puissance-force, puissance-vitesse ou vitesse-vivacité et plutôt en fin de séance si on est sur de la puissance aérobie. Sur ces 2 premières journées les joueurs ont un travail de force à réaliser en salle avant l'entraînement terrain. Il peut s'agir de musculation, de core training ou encore de travail spécifique gérer par les kinés.


A J-2 : on commence par effectuer une séance de renforcement-prévention dans un Dojo (qui dure 25 min environ). Sur le terrain, des ateliers de vivacité ou vitesse de réaction peuvent être réalisés.


A J-1 : on est sur des ateliers de vitesse de démarrage, vitesse de réaction et vivacité. Il y a, en plus pour certains joueurs, un travail en salle en utilisant la méthode stato-dynamique.


Quel protocole de récupération proposes-tu à l'équipe post match ? Y-a-t-il une différence à domicile et à l'extérieur ?


Après chaque match les joueurs ont droit à une boisson de récupération protéinée, distribuée par les kinés. 

A domicile, ils peuvent utiliser le bain froid qui se trouve à proximité du vestiaire. Le lendemain du match un décrassage est effectué : avec un travail aérobie d'une vingtaine de minutes effectuée sur le terrain (sans ou avec ballon), suivi d'étirements et d'immersion en bains contrastés et/ou massage avec les kinés. 
A l'extérieur il n'y a pas de décrassage obligatoire le lendemain du match, les joueurs (non blessés) sont off pendant 48h. Cependant un joueur souhaitant faire de la récupération peut venir au stade et réaliser cela sous le contrôle des kinés ou de moi-même en fonction des outils utilisés. 

Si enchaînement de match tous les 3 jours : à la suite du match, les joueurs doivent passer obligatoirement dans le bain froid (ou les poubelles) alterner avec la douche chaude. Puis ils ont un repas (dont le contenu est élaboré par le doc) à prendre en commun au stade.



Merci à Corentin pour cette riche interview, et ce partage d'informations !
Je te souhaite de bien finir la saison et d'en vivre pleins d'autres !!!

Pour aller plus loin :

http://www.clermontfoot.com/
http://www.mycoachrpe.com/
http://www.fieldwiz.com/
http://perfbook.fr/