9 sept. 2022

EFFET DE L'AGE RELATIF : AGE CIVIL VERSUS AGE PHYSIOLOGIQUE (1)

L'effet de l'âge relatif désigne donc un biais dans les niveaux supérieurs des jeunes sportifs où la participation est la plus élevée parmi ceux qui sont nés plus tôt ( par exemple, de Janvier à Mars). 

Si on observe la population d'une année d'âge, prenons les 2007, il apparaît qu'il y a une répartition équilibrée entre les mois de naissance. Mais dès qu'on s'attarde à une population sportive de bon niveau régional voire de niveau national jeune, alors il y a une nette prédominance des joueurs nés au 1er semestre. C'est un fait !


Barnsley et all. en 1985 publie une première étude sur l'effet de l'âge relatif en hockey sur glace au Canada. Le constat est déjà édifiant. Plus le niveau de compétition augmente chez les jeunes, plus il y a une nette sur-représentation des joueurs nés au 1er semestre. 

Le graphique ci-contre nous montre que plus le niveau augmente plus il y a un pourcentage élevé de joueurs issu du 1er semestre voire du 1er trimestre.




Lors de la CID 2021 (Coupe Inter-District) de la LAURAFOOT (région Auvergne-Rhône-Alpes), sur 192 joueurs sélectionnés nés en 2007, la répartition était la suivante : 72,5% de joueurs étaient issus du 1er semestre et 44% du 1er trimestre. Alors que dans la population née en 2007, il y a une répartition équilibrée.


"SE PREMUNIR D'UN REGARD HATIF SUR UN JEUNE JOUEUR"


Cette observation n'est pas nouvelle, elle a plus de 40 ans, mais il est nécessaire de se le rappeler en regardant les chiffres actuels. Cela doit nous aider à nous prémunir d'un regard hâtif sur un joueur. 


Les compétitions de jeunes étant généralement organisées sur la base de l'année de naissance, les athlètes nés en janvier, février ou mars sont avantagés par rapport à ceux nés en octobre, novembre ou décembre de la même année. Ces observations sont valables dans de nombreux sports et dans d'autres nations. Ce n'est pas une spécificité française. 

Comme le montre le graphique ci-dessous des mois de naissance des joueurs du championnat d'Europe U17 et U19 en 2016.

Cela questionne tout de même notre système de compétition chez les jeunes, et notamment l'importance accordée à la performance immédiate au détriment parfois du potentiel à venir. On veut généralement des joueurs prêts tout de suite, en capacité de répondre à la haute performance de leur catégorie (ce qui implique souvent des critères de vitesse, force, endurance entre autres). Cela questionne plus généralement sur la question de la maturité tardive d'un joueur comparativement à un joueur précoce, au-delà des considérations du mois de naissance. Même si le phénomène s'estompe vers les U20, comme le précise Patrick PION (DTN adjoint) dans le magazine SO FOOT : "L'objectif, c'est de les faire rentrer dans les structures, même quand on n'est pas sûr, pour qu'ensuite, quand les valeurs se nivellent vers 16-17 ans, on ne les laisse pas sur le bord de la route. Ensuite en U20, les pourcentages commencent à s'équilibrer. (...) Il ne faut pas se tromper entre 13 et 15 ans, mais on pense que les meilleurs joueurs du second semestre, on arrive à les récupérer".


Cela concerne donc spécifiquement les compétitions de jeunes. La dernière liste de l'équipe de France U17 nous le montre encore, avec une nette surreprésentation des joueurs nés au 1er semestre. Sur 28 joueurs sélectionnés, 22 sont issus du 1er semestre. 

Il s'agit pour nous, dans nos programmes d'identification des potentiels, de détection de joueurs, de ne pas passer à côté d'un jeune (qu'il soit du 2ème semestre, et/ou à maturité tardive). Si les pourcentages s'équilibrent en se rapprochant des U20 ou du haut niveau professionnel, cela sous-entend qu'une part importante des joueurs issue du 1er semestre ne réussissent pas à percer. Ne faut-il donc pas revoir parfois nos critères, notamment dans l'identification de potentiel plutôt que de performance immédiate ? C'est en toute humilité que je pose ces questions, car seul celui qui a du faire des choix de joueurs sait combien il est difficile, voire impossible, de prédire la suite du parcours, même sur un fort potentiel avéré.

"PROPOSER PARFOIS DES SEANCES D'ENTRAINEMENT EN REGROUPANT DES JOUEURS A MATURITE SIMILAIRE, INDEPENDAMMENT DE LEUR AGE CIVIL"

Peut-être pouvons-nous questionner parfois notre organisation d'entraînement ou d'opposition amicale au sein de nos clubs afin de préserver les quelques forts potentiels du second semestre? Est-il envisageable de proposer parfois des séances d'entraînement en regroupant des joueurs à maturité similaire ? en décloisonnant les catégories ? Quel club français organisera le premier tournoi national en prenant en compte l'âge physiologique et non l'âge civil ?

Une étude anglaise montre que les garçons nés dans le dernier trimestre étaient 5,6 fois moins susceptibles de rejoindre une équipe de division supérieure que ceux étant nés au premier trimestre. 


Ci-dessous les articles cités : 

https://www.sofoot.com/peut-on-naitre-apres-avril-et-devenir-footballeur-pro-441090.html

https://www.fff.fr/article/7903-quatre-jours-de-stage-a-clairefontaine.html